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Événements contenant la ou les locutions cherchées



38 événements affichés, le premier en 1844 - le dernier en 1935


Oscar Ier de Suède et de Norvège

Mariage de Raphaël Dreyfus avec Jeanne Libmann-Weill

Raphaël Dreyfus épouse Jeanette Libman ou Jeanne Libmann-Weill (1817-1886). Leurs enfants sont :



Naissance d'Alfred Dreyfus

Alfred Dreyfus naît à Mulhouse le 9 octobre 1859, fils de Raphaël Dreyfus et de Jeanne Libmann-Weill.

Jeanne Libmann-Weill, sa mère tombe malade à la suite de sa naissance.

Henriette Dreyfus, sa sœur aînée, est pour le timide Alfred Dreyfus comme une seconde mère.

Alfred Dreyfu, benjamin de la famille, passe son enfance :



Alfred Dreyfus à Paris

En 1873, Alfred Dreyfus est envoyé à Paris poursuivre ses études où il passe le baccalauréat.

Il entre au collège Sainte-Barbe pour préparer le concours d'entrée à l'École polytechnique.



Alfred Dreyfus à l'École polytechnique

En 1878, Alfred Dreyfus est reçu à l'École polytechnique 182e sur 236.



Alfred Dreyfus à l'École d'application d'artillerie de Fontainebleau

En 1880, Alfred Dreyfus sort de l'École polytechnique 128e sur 286.

Alfred Dreyfus accède, avec le grade de sous-lieutenant, à l'École d'application d'artillerie de Fontainebleau.

Alfred Dreyfus reste 2 ans à Fontainebleau, où il est bien noté par ses supérieurs.



Alfred Dreyfus Lieutenant au 31 régiment d'artillerie du Mans

Le 1er octobre 1882, Alfred Dreyfus est nommé lieutenant au 31e régiment d'artillerie du Mans.



Alfred Dreyfus à la première division de cavalerie de Paris

À fin 1883, Alfred Dreyfus est affecté aux batteries à cheval de la première division de cavalerie de Paris.

L'appréciation de ses supérieurs est élogieuse :

intelligent, consciencieux, zélé, officier plein d'entrain, très hardi cavalier, instruit, intelligent, excellent lieutenant de batterie à cheval, meilleur lieutenant du groupe des batteries.



Alfred Dreyfus est nommé capitaine au 21e régiment d'artillerie

En septembre 1889, Alfred Dreyfus est nommé capitaine au 21e régiment d'artillerie, détaché comme adjoint à l'École centrale de pyrotechnie militaire de Bourges.

Alfred Dreyfus, qui a brillamment réussi ses examens, se voit attribuer un 5 par le général Bonnefond à l'école d'application de Bourges, note que partage le seul autre de ses condisciples juif.


Alfred Dreyfus - Lucie Hadamard - Pierre Dreyfus - Jeanne Dreyfus

Mariage d'Alfred Dreyfus avec Lucie Hadamard

Alfred Dreyfus prépare les examens d'admission à l'École de guerre.

Il y est reçu le 20 avril 1890.

Alfred Dreyfus épouse le 21 avril 1890 Lucie Hadamard (23 août 1869-14 décembre 1945), issue d'une famille aisée de diamantaires originaire de Metz. Leurs enfants sont :

Alfred Dreyfus entre à l'École de guerre à l'automne 1890.

Les appréciations de ses supérieurs sont une nouvelle fois excellentes.



Sortie de l'École de guerre d'Alfred Dreyfus

En novembre 1892, Alfred Dreyfus sort de l'École de guerre avec la mention très bien, classé 9e sur 81.



Alfred Dreyfus Stagiaire à l'état-major de l'armée, au ministère de la Guerre

Alfred Dreyfus est appelé en tant que stagiaire à l'état-major de l'armée, au ministère de la Guerre, le 1er janvier 1893, avec le grade de capitaine.

En tant que stagiaire, il passe successivement dans chacun des bureaux de l'état-major.


Photographie du bordereau - la lettre-missive adressée à Max von Schwartzkoppen - datée du 13 octobre 1894 - L'original a disparu entre 1900 et 1940 Le général Auguste Mercier - ministre de la Guerre en 1894

Découverte du bordereau

Recherche de l'auteur du bordereau

Le personnel de la section de statistique ou Service de Renseignements militaire ou service d'espionnage et de contre-espionnage de l'armée affirme qu'en septembre 1894, la voie ordinaire a apporté de l'ambassade d'Allemagne une lettre, surnommée par la suite le bordereau.

C'est madame Bastian, employée comme femme de ménage, mais en fait membre des services d'espionnage l'a apporté.

Elle ramène soit toutes les semaines, soit toutes les deux semaines, le contenu des corbeilles de l'ambassade d'Allemagne, qu'elle remet au commandant Hubert-Joseph Henry dans la pénombre d'une chapelle de l'église Sainte-Clotilde.

Cette lettre-missive, déchirée en 6 grands morceaux, écrite sur du papier pelure, non signée et non datée, est adressée à Max von Schwartzkoppen, l'attaché militaire allemand en poste à l'ambassade d'Allemagne.

Elle établit que des documents militaires confidentiels, mais d'importance relative, sont sur le point d'être transmis à une puissance étrangère.

Jean Sandherr, le chef de la Section de statistiques, un mulhousien, en informe Auguste Mercier, le ministre de la Guerre,

Le Service de Renseignement soupçonne des fuites depuis le début 1894, et recherche leur auteur.

Pour rehausser son image, Auguste Mercier diligente immédiatement 2 enquêtes secrètes, l'une administrative et l'autre judiciaire.

Pour trouver le coupable, le raisonnement est grossier :

Ce raisonnement du lieutenant-colonel d'Aboville se révélera faux.

Le coupable idéal est identifié : le capitaine Alfred Dreyfus, polytechnicien et artilleur, de confession israélite et alsacien d'origine, issu de la méritocratie républicaine.

Mais l'antisémitisme, qui n'épargne pas les bureaux d'état-major, devient rapidement le centre de l'affaire d'instruction.

Alfred Dreyfus est à ce moment-là le seul officier juif étant passé récemment par l'état-major général.

De fait, la légende du caractère froid et renfermé, voire hautain de l'homme, et de sa curiosité, jouent fortement contre lui.


Le commandant Armand du Paty de Clam Alphonse Bertillon

Enquête tentant d'établir la culpabilité d'Alfred Dreyfus

Personne n'est compétent en matière d'analyse d'écritures à l'état-major.

Le commandant Armand du Paty de Clam se pique d'expertise en écritures.

Pour confondre Alfred Dreyfus, les écritures du bordereau et d'Alfred Dreyfus sont comparées.

le 5 octobre 1894, Armand du Paty de Clam mis en présence des 2 documents conclut d'emblée à l'identité des 2 écritures.

Après une journée de travail complémentaire, Armand du Paty de Clam assure dans un rapport que, malgré quelques dissemblances, les ressemblances sont suffisantes pour justifier une enquête.

Alfred Dreyfus est l'auteur probable du bordereau pour l'état-major.

Auguste Mercier, tenant un coupable, met exagérément en valeur l'affaire.

Auguste Mercier consulte et informe toutes les autorités de l'État.

Malgré les conseils de prudence et les objections exprimées par Gabriel Hanotaux lors d'un petit conseil des ministres, Auguste Mercier décide de poursuivre.

Armand du Paty de Clam est nommé officier de police judiciaire chargé d'une enquête officielle.

Pendant ce temps plusieurs informations sont ouvertes parallèlement, les unes sur la personnalité d'Alfred Dreyfus, les autres consistant à s'assurer de la réalité des identités d'écriture.

L'expert Gobert trouve de nombreuses différences et écrit même que la nature de l'écriture du bordereau exclut le déguisement graphique.

Déçu, Auguste Mercier fait alors appel à Alphonse Bertillon, l'inventeur de l'anthropométrie judiciaire, mais nullement expert en écritures.

Il n'est d'abord pas plus affirmatif que Gobert, en n'excluant pas une copie de l'écriture d'Alfred Dreyfus.

Mais par la suite, sous la pression des militaires, il affirme qu'Alfred Dreyfus s'est autocopié et développe sa théorie de l'autoforgerie.



Arrestation d'Alfred Dreyfus

Le 13 octobre 1894, sans preuve tangible et avec un dossier vide, Auguste Mercier fait convoquer le capitaine Alfred Dreyfus pour une inspection générale, en tenue bourgeoise, c'est-à-dire en civil.

L'objectif de l'état-major est d'obtenir par surprise un aveu en faisant écrire une lettre inspirée du bordereau sous la dictée.

Le 15 octobre 1894 au matin, Alfred Dreyfus subit cette épreuve, mais n'avoue rien.

Armand du Paty de Clam tente de lui suggérer le suicide en plaçant un revolver devant lui.

Alfred Dreyfus refuse d'attenter à ses jours, affirmant qu'il veut vivre afin d'établir son innocence.

Armand du Paty de Clam fait tout de même arrêter Alfred Dreyfus et l'inculpe d'intelligence avec l'ennemi afin qu'il soit traduit devant un Conseil de guerre.

Alfred Dreyfus est incarcéré à la prison du Cherche-Midi à Paris.

Lucie Hadamard est informée de l'arrestation le jour même, par une perquisition de l'appartement du jeune couple.

Elle est terrorisée par Armand du Paty de Clam qui lui ordonne de garder le secret sur l'arrestation de son mari.

En octobre 1894, alors qu'il est à Mulhouse, Mathieu Dreyfus reçoit un télégraphe de Lucie Hadamard, sa belle-sœur, lui demandant de rejoindre Paris au plus tôt.

En toute illégalité, Alfred Dreyfus est mis au secret dans sa prison où Armand du Paty de Clam l'interroge jour et nuit afin d'obtenir des aveux, ce qui échoue.

Armand du Paty de Clam recommande l'abandon des poursuites en l'absence de preuves, par crainte d'être désavoué par une cour de justice.

Alfred Dreyfus est soutenu moralement par Ferdinand Forzinetti, commandant les prisons militaires de Paris, le premier dreyfusard.

Le 29 octobre 1894, l'affaire est révélée par un entrefilet d'Adrien Papillaud dans le journal antisémite d'Édouard Drumont, La Libre Parole, marquant ainsi le début d'une très violente campagne de presse jusqu'au procès.

Arrivé le 1er novembre 1894, Mathieu Dreyfus apprend qu'Alfred Dreyfus, son frère est arrêté pour trahison.

Mathieu Dreyfus obtient alors un rendez-vous avec Armand du Paty de Clam,.

Celui-ci lui indique que les charges sont accablantes et que, d'ailleurs, Alfred Dreyfus est sur la voie des aveux.

Convaincu de l'innocence de son frère, Mathieu Dreyfus propose à Armand du Paty de Clam un marché : Laissez-moi pénétrer auprès de mon frère,

Vous assisterez derrière un rideau à notre entretien.

Si, par impossible, il a commis une erreur, il me dira tout à moi, et moi-même je lui mettrai le pistolet dans les mains.

Du Paty refuse.

Sans attendre, Mathieu Dreyfus se met à la recherche d'un avocat, et retient l'éminent pénaliste Edgar Demange.

Le 13 décembre 1894, à quelques jours de la comparution d'Alfred Dreyfus en conseil de guerre, Mathieu Dreyfus réussit à rencontrer le colonel Jean Sandherr, chef du service des renseignements, et mulhousien comme lui, qui se retranche derrière le secret militaire.

Mathieu Dreyfus contacte alors Joseph Reinach, journaliste et député, convaincu lui aussi de l'innocence de Dreyfus.

Joseph Reinach demande au président de la République, Casimir-Périer, que le procès ne se déroule pas à huis clos. C'est peine perdue.

Désemparé, Mathieu Dreyfus s'adresse même, avec l'aide du Dr Joseph Gibert, à Léonie Leboulanger, une voyante normande qui lui révèle l'existence du " dossier secret " utilisé contre Dreyfus en violation des règles de procédure.

Mathieu Dreyfus se voit menacé d'arrestation pour complicité.

Armand du Paty de Clam soupçonne Mathieu Dreyfus un moment d'avoir lui-même écrit le bordereau.


Petit Journal du 23 décembre 1894 Alfred Dreyfus en 1894

Conseil de guerre de 1894

Le 3 novembre 1894, à contrecœur, le général Félix-Gustave Saussier donne l'ordre d'informer.

Le commandant d'Ormescheville, rapporteur auprès du Conseil de guerre, rédige un rapport à charge dans lequel les éléments moraux de l'accusation sont développés bien plus longuement que les éléments matériels.

Les éléments moraux vont de ragots concernant les mœurs d'Alfred Dreyfus et sa prétendue fréquentation de cercles-tripots à sa connaissance de l'allemand et sa mémoire remarquable.

Les éléments matériels consistent en la lettre missive à Max von Schwartzkoppen.

Cette rareté même sert à la charge : c'est une preuve de culpabilité, car Alfred Dreyfus a tout fait disparaître.

Le manque complet de neutralité de l'acte d'accusation conduit Émile Zola à le qualifier de monument de partialité.

Le 4 décembre 1894, Alfred Dreyfus est renvoyé devant le premier Conseil de guerre.

Le secret est levé et Me Demange peut pour la première fois accéder au dossier.

Après sa lecture, la confiance de l'avocat est absolue.

Le procès s'ouvre le 19 décembre 1894 à 13 heures. Le huis clos est presque immédiatement prononcé.

La cour est composée de 7 officiers qui sont à la fois juges et jurés. Le président du Conseil de guerre est le colonel Émilien Maurel.

Ce huis clos n'est d'ailleurs pas conforme juridiquement puisque le commandant Georges Picquart et le préfet Louis Lépine sont présents à certaines audiences en violation du droit.

Ce huis clos permet néanmoins aux militaires de ne pas divulguer le contenu du dossier au grand public et d'étouffer les débats.

Les discussions de fond sur le bordereau montrent que l'hypothèse que le capitaine Alfred Dreyfus en soit l'auteur rencontre de très nombreuses contradictions.

L'accusé clame son innocence, et se défend point par point.

Ses déclarations sont appuyées par une dizaine de témoignages à décharge.

La question d'un mobile pécuniaire est apportée dans le dossier d'accusation.

Mais Alfred Dreyfus est aisé : alors qu'il est capitaine, il a des revenus personnels issus de l'héritage de son père et de la dot de sa femme équivalents à ceux d'un général commandant de région.

Il n'a donc aucune raison pécuniaire de trahir.

La justification par la judéité d'Alfred Dreyfus, seule retenue par la presse de droite, ne saurait pourtant l'être par un tribunal.

Alphonse Bertillon est présenté à la cour comme un savant de première importance.

Il avance la théorie de l'autoforgerie à l'occasion de ce procès et accuse Alfred Dreyfus d'avoir imité sa propre écriture, expliquant les différences graphiques par l'emploi d'extraits de l'écriture de son frère Mathieu et de son épouse Lucie.

Cette théorie, bien que considérée plus tard comme farfelue et sidérante semble avoir un certain effet sur les juges.

Le commandant Hubert-Joseph Henry, adjoint du chef du Service de Renseignement fait une déclaration théâtrale en pleine audience.

Il affirme qu'une suspicion de fuites existe depuis le mois de février 1894 à propos d'une trahison à l'état-major et qu'une personne honorable accuse Alfred Dreyfus.

Il jure sur l'honneur que le traître est Alfred Dreyfus, en désignant le crucifix accroché au mur du tribunal.

Alfred Dreyfus sort de ses gonds et exige d'être confronté à son accusateur anonyme, ce qui est refusé par l'état-major.

L'incident a un effet incontestable sur la cour.

La conviction des juges est ébranlée par l'attitude ferme et les réponses logiques de l'accusé.

Les juges partent délibérer.


Max von Schwartzkoppen Alessandro Panizzardi

Transmission d'un dossier secret aux magistrats

Les témoins militaires du procès alertent le commandement sur les risques d'acquittement.

Dans cette éventualité, la Section de statistiques a préparé un dossier, contenant, en principe, 4 preuves absolues de la culpabilité d'Alfred Dreyfus, accompagnées d'une note explicative.

Le contenu de ce dossier secret est incertain encore de nos jours, car aucune archive dressant la liste des pièces ne nous est parvenue.

Des recherches récentes indiquent l'existence d'une numérotation induisant la présence d'une dizaine de documents.

Parmi ceux-ci, des lettres à caractère érotico-homosexuel posent la question des méthodes d'intoxication du Service de statistiques.

Le dossier secret est remis au début du délibéré, en toute illégalité, à Émilien Maurel, le président du Conseil de guerre, sur ordre d'Auguste Mercier.

En droit militaire de l'époque, toutes les preuves de culpabilité doivent être remises à la défense afin d'être débattues contradictoirement, ce qui n'était pas obligatoire pour la justice ordinaire.

Ce dossier contient, outre des lettres sans grand intérêt, dont certaines étaient truquées, une pièce restée célèbre sous le nom de " Canaille de D… ".

C'est une lettre de Max von Schwartzkoppen à Alessandro Panizzardi interceptée par le Service de Renseignement.

Max von Schwartzkoppen a toujours affirmé n'avoir jamais connu Alfred Dreyfus.

Alessandro Panizzardi est l'attaché militaire italien, ami de Schwartzkoppen.

La missive est censée accuser définitivement Alfred Dreyfus, puisque d'après ses accusateurs, il est désigné par l'initiale de son nom.



Condamnation d'Alfred Dreyfus

Le 22 décembre 1894, après plusieurs heures de délibération, le verdict tombe.

À l'unanimité des 7 juges, Alfred Dreyfus est condamné pour intelligence avec une puissance étrangère à la peine maximale applicable en vertu de l'article 76 du code pénal, la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée, c'est-à-dire au bagne ainsi qu'à la destitution de son grade et à la dégradation militaire.

Alfred Dreyfus n'est pas condamné à mort, celle-ci ayant été abolie pour les crimes politiques depuis 1848.

Pour les autorités, la presse et le public, les quelques doutes d'avant procès sont dissipés, la culpabilité est certaine.

L'antisémitisme atteint des sommets dans la presse et se manifeste dans des populations jusqu'à présent épargnées.

Le 31 décembre 1894, le commandant du Paty se rend à la prison et propose à Alfred Dreyfus un allégement de sa peine en échange de ses aveux, ce que le capitaine refuse.

À cette date, l'opinion comme la classe politique française est unanimement défavorable à Alfred Dreyfus.

Certaine de l'incohérence de cette condamnation, derrière Mathieu Dreyfus, son frère, la famille du capitaine, tente de prouver son innocence, engageant à cette fin le journaliste Bernard Lazare.


Dégradation d'Alfred Dreyfus - Dessin d'Henri Meyer en couverture du Petit Journal du 13 janvier 1895 - légendé Le traître

Dégradation d'Alfred Dreyfus

Un évènement, que l'on surnomme la légende des aveux, se déroulé avant la dégradation.

Dans le fourgon qui l'amène à l'École militaire, Alfred Dreyfus aurait confié sa traîtrise au capitaine Lebrun-Renault.

En réalité, le capitaine de la Garde républicaine s'est vanté et Alfred Dreyfus n'a fait aucun aveu.

Le 5 janvier 1895, la cérémonie de la dégradation se déroule dans la Cour Morlan de l'École militaire à Paris où 4 000 soldats formés en carré entourent le traître tandis que 20 000 personnes s'amassent en foule.

Les tambours roulent, Alfred Dreyfus est accompagné par 4 artilleurs qui l'amènent devant un huissier qui lui lit le jugement.

Un adjudant de la Garde républicaine lui arrache les insignes, les fines lanières d'or de ses galons, les parements des manches et de la veste.

Les témoins signalent la dignité d'Alfred Dreyfus, qui continue de clamer son innocence tout en levant les bras : Soldats, on dégrade un innocent, soldats on déshonore un innocent. Vive la France ! Vive l'armée !

L'adjudant brise le sabre du condamné sur son genou puis Alfred Dreyfus défile au ralenti devant ses anciens compagnons.

Le prisonnier est mis au secret dans une cellule en attendant son transfert.


La case d'Alfred Dreyfus sur l'île du Diable en Guyane Alfred Dreyfus à l'île du Diable - 1898 - Stéréoscopie vendue par F. Hamel - Altona-Hambourg - New York - collection Fritz Lachmund

Déportation d'Alfred Dreyfus

Le 17 janvier 1895, Alfred Dreyfus est transféré au bagne de l'île de Ré.

Il a le droit de voir sa femme 2 fois par semaine, dans une salle allongée, chacun à un bout, le directeur de la prison au milieu.

À l'initiative d'Auguste Mercier, un projet de loi est transmis au conseil des ministres, rétablissant les îles du Salut en Guyane comme lieu de déportation en enceinte fortifiée, afin qu'Alfred Dreyfus ne soit pas envoyé à Ducos, en Nouvelle-Calédonie où les conditions de détentions sont réputées trop douces.

Émile Chautemps, nouveau ministre des Colonies depuis le 31 janvier 1895, demande peu de jours après sa nomination que le projet soit porté devant la Chambre.

Le 8 février 1895, sachant par avance que la loi sera votée, Émile Chautemps écrit Camille Charvein, gouverneur de la Guyane, pour faire part des inquiétudes du gouvernement, et des instructions que le gouverneur aura à appliquer lorsqu'Alfred Dreyfus sera sous sa responsabilité.

Le 9 février 1895, le projet de loi est adopté par la Chambre, sans débat.

Le 21 février 1895, Alfred Dreyfus embarque sur le vaisseau Ville-de-Saint-Nazaire.

Le 22 février 1895, le navire fait cap vers la Guyane.

Le 12 mars 1895, après une pénible traversée de 15 jours, le navire mouille au large des îles du Salut.

Alfred Dreyfus reste un mois au bagne de l'île Royale.

Alfred Dreyfus est transféré à l'île du Diable le 14 avril 1895.

Avec ses gardiens, Alfred Dreyfus est le seul habitant de l'île, logeant dans une case de pierre de 4 mètres sur 4.

Le commandant du bagne fait vivre un enfer au condamné alors que les conditions de vie sont déjà très pénibles :

Alfred Dreyfus tombe malade, secoué par les fièvres qui s'aggravent d'année en année.

Alfred Dreyfus est autorisé à écrire sur un papier numéroté et paraphé.

Il subit la censure du commandement de même que lorsqu'il reçoit du courrier de sa femme Lucie, par lequel ils s'encouragent mutuellement.



Publication de L'Antisémitisme, son histoire et ses causes

En février 1895, alors qu'Alfred Dreyfus vient d'être déporté, Mathieu Dreyfus rencontre le journaliste anarchiste Bernard Lazare, qui vient de publier L'Antisémitisme, son histoire et ses causes.

Pendant l'été 1895, Mathieu Dreyfus lui fournit tous les documents nécessaires pour rédiger le premier dossier consacré à l'affaire, dont s'inspirera Émile Zola pour écrire J'accuse.


Le lieutenant-colonel Georges Picquart en tenue de chasseurs d'Afrique

Ferdinand Walsin Esterhazy Le vrai traître

En mars 1896, Georges Picquart exige de recevoir directement les documents volés à l'ambassade d'Allemagne, sans intermédiaire.

Il y découvre un document surnommé le petit bleu : une carte télégramme destinée à être envoyée via la réseau pneumatique de Paris, jamais envoyée, écrite par von Schwartzkoppen et interceptée à l'ambassade d'Allemagne début mars 1896.

Celle-ci est adressée au commandant Ferdinand Walsin Esterhazy, 27 rue de la Bienfaisance, Paris, un officier français,.

Une autre lettre au crayon noir de von Schwartzkoppen démontre les mêmes relations d'espionnage avec Ferdinand Walsin Esterhazy.

Georges Picquart s'aperçoit avec stupéfaction que son écriture est exactement la même que celle du bordereau qui a servi à incriminer Alfred Dreyfus.

Il se procure le dossier secret remis aux juges en 1894, et devant sa vacuité, acquiert la certitude de l'innocence de Dreyfus.

Georges Picquart diligente une enquête en secret, sans l'accord de ses supérieurs.

Elle démontre qur Ferdinand Walsin Esterhazy a connaissance des éléments décrits par le bordereau et qu'il était bien en contact avec l'ambassade d'Allemagne.

Il est établi que l'officier vend aux Prussiens de nombreux documents secrets dont la valeur était cependant assez faible.

Homme à la personnalité trouble, à la réputation sulfureuse, criblé de dettes, il est pour Georges Picquart un traître probable animé par un mobile certain : l'argent.

Georges Picquart communique alors les résultats de son enquête à l'état-major, qui lui oppose l'autorité de la chose jugée.

Désormais, tout est fait pour l'évincer de son poste, avec l'aide de son propre adjoint, le commandant Henry.

Il s'agit avant tout, dans les hautes sphères de l'Armée, de ne pas admettre que la condamnation d'Alfred Dreyfus puisse être une grave erreur judiciaire.

L'état-major affecte Georges Picquart en Afrique du Nord.



Aggravation des conditions de vie d'Alfred Dreyfus

En 1896, Mathieu Dreyfus tente de regagner l'intérêt du public en lançant une rumeur par l'intermédiaire du journal anglais The Daily Chronicle : son frère s'est échappé du bagne de l'île du Diable.

L'information est reprise sans aucune vérification par la presse française.

Elle sera vite démentie.

Mais elle a pour conséquence d'aggraver les conditions de détention d'Alfred Dreyfus le 6 septembre 1896.

Alfred Dreyfus est mis à la double boucle, supplice obligeant le forçat à rester sur son lit, immobile, les chevilles entravées.

Sa case esst entourée d'une palissade de 2,50 m de haut.

Pendant 2 longs mois, elle plonge Alfred Dreyfus dans un profond désespoir.

À ce moment, il est persuadé que sa vie s'achèvera sur cette île lointaine.

Très polémique, le dossier de Bernad Lazare est finalement remanié et publié en novembre 1896 sous le titre Une erreur judiciaire.

Bernard Lazare y démonte l'accusation point par point et demande la révision du procès.

Mais le dossier ne réussit pas à mobiliser les personnalités auxquelles il a été adressé.


Photographie du faux Henry - L'entête (mon cher ami) et la signature (Alexandrine) sont de Panizzardi (quadrillage)

Fabrication du faux Henry

Affaire Georges Picquart

Hubert-Joseph Henry est conscient de la fragilité du dossier d'accusation.

À la demande de sa hiérarchie, Raoul Le Mouton de Boisdeffre, chef d'état-major général, et de Charles-Arthur Gonse, Hubert-Joseph Henry est chargé de faire grossir le dossier afin d'éviter toute tentative de révision.

Incapable de trouver la moindre preuve, il décide d'en fabriquer.

Le 1er novembre 1896, Hubert-Joseph Henry fabrique un faux, le faux Henry, en conservant l'entête et la signature d'une lettre quelconque de Panizzardi, en rédigeant lui-même le texte central :

J'ai lu qu'un député va interpeller sur Dreyfus.

Si on demande à Rome nouvelles explications, je dirai que jamais j'avais les relations avec ce Juif.

C'est entendu.

Si on vous demande, dites comme ça, car il ne faut pas qu'on sache jamais personne ce qui est arrivé avec lui.

Les généraux Charles-Arthur Gonse et Raoul Le Mouton de Boisdeffre, sans se poser de questions, amènent la lettre à Jean-Baptiste Billot, leur ministre.

Fort de cette trouvaille, l'état-major décide de protéger Ferdinand Walsin Esterhazy et de persécuter le Georges Picquart, qui n'a rien compris.

Georges Picquart, qui ignore tout du faux Henry, se sent rapidement isolé de ses collègues militaires.

Littéralement accusé de malversations par Hubert-Joseph Henry, il proteste par écrit et rentre à Paris.

Georges Picquart se confie à l'avocat Louis Leblois, son ami, à qui il fait promettre le secret.

Ce dernier en parle pourtant à Auguste Scheurer-Kestner, un alsacien vice-président du Sénat, lequel est à son tour touché par le doute.

Sans citer Georges Picquart, le sénateur révèle l'affaire aux plus hautes personnalités du pays.

Mais l'état-major soupçonne quand même Georges Picquart d'être à l'origine des fuites.

C'est le début de l'affaire Georges Picquart, une nouvelle conspiration de l'état-major contre l'officier.

Hubert-Joseph Henry, jaloux, mène une opération d'intoxication afin de compromettre Georges Picquart.

Il se livre à diverses malversations :


Émile Zola en 1898

Identification formelle de l'écriture comme celle du commandant Ferdinand Walsin Esterhazy

Mathieu Dreyfus fait afficher la reproduction du bordereau qui est publiée par Le Figaro.

En novembre 1897; Jacques de Castro, un banquier, identifie formellement l'écriture comme celle de Ferdinand Walsin Esterhazy, son débiteur, et prévient Mathieu Dreyfus.

Le 11 novembre 1897, lors d'une rencontre entre Auguste Scheurer-Kestner et Mathieu Dreyfus, Mathieu Dreyfus obtient enfin la confirmation du fait que Ferdinand Walsin Esterhazy est bien l'auteur du bordereau.

Le 15 novembre 1897, Mathieu Dreyfus porte plainte auprès du ministère de la Guerre contre Ferdinand Walsin Esterhazy.

L'armée n'a plus d'autre choix que d'ouvrir une enquête.

Fin 1897, Georges Picquart, revenu à Paris, fait connaître publiquement ses doutes sur la culpabilité d'Alfred Dreyfus, du fait de ses découvertes.

Afin de discréditer Georges Picquart, Ferdinand Walsin Esterhazy envoie sans effet des lettres de plainte à Félix Faure.



Élargissement du mouvement dreyfusard

Le mouvement dit dreyfusard, est animé par Bernard Lazare, Mathieu Dreyfus, Joseph Reinach et Auguste Scheurer-Kestner.

Émile Zola, informé mi-novembre 1897 par Auguste Scheurer-Kestner du dossier, est convaincu de l'innocence d'Alfred Dreyfus et s'engage officiellement.

Le 25 novembre 1897, Émile Zola publie Auguste Scheurer-Kestner dans Le Figaro, premier article d'une série qui en compte 3.

Émile Zola est alors au sommet de sa gloire : les 20 volumes des Rougon-Macquart ont été diffusés dans des dizaines de pays. C'est une sommité du monde littéraire, et en a pleinement conscience.

Devant les menaces de désabonnements massifs de ses lecteurs, le directeur du journal cesse de soutenir Émile Zola.

De proche en proche, fin novembre-début décembre 1897, les écrivains :

s'investissent dans le combat pour la révision du procès.

Léon Blum tente fin novembre 1897 de faire signer à son ami Maurice Barrès une pétition demandant la révision du procès, mais ce dernier refuse.

Maurice Barrès rompt avec Émile Zola et Léon Blum début décembre 1897.

Si l'Affaire Alfred Dreyfus occupe de plus en plus les discussions.

Le monde politique ne la reconnaît toujours pas et Jules Méline déclare en ouverture de la séance de l'Assemblée nationale, le 7 décembre 1897 :

Il n'y a pas d'affaire Dreyfus en ce moment et il ne peut pas y avoir d'affaire Dreyfus.



Publication par Émile Zola de J'accuse…!

Scandalisé par l'acquittement de Ferdinand Walsin Esterhazy, Émile Zola décide de frapper un coup.

Le 13 janvier 1898, Émile Zola publie en première page de L'Aurore un réquisitoire dreyfusard qui entraîne le ralliement de nombreux intellectuels

L'article de 4 500 mots sur 6 colonnes est une lettre ouverte au président Félix Faure.

Georges Clemenceau trouve le titre : J'Accuse… !

Vendu habituellement à 30 000 exemplaires, le journal en diffuse ce jour-là près de 300 0000.

Cet article est une attaque directe, explicite et nominale.

Tous ceux qui ont comploté contre Alfred Dreyfus sont dénoncés, y compris le ministre de la Guerre et l'état-major.

L'article comporte de nombreuses erreurs, majorant ou minorant les rôles de tel ou tel acteur, mais Émile Zola n'a pas prétendu faire œuvre d'historien.

J'accuse…! apporte pour la première fois la réunion de toutes les données existantes sur l'Affaire.

Le but d'Émile Zola est de s'exposer volontairement afin de forcer les autorités à le traduire en justice.

Son procès servira d'occasion pour un nouvel examen public des cas Alfred Dreyfus et Ferdinand Walsin Esterhazy.

Il va ici à l'encontre de la stratégie d'Auguste Scheurer-Kestner et de Bernard Lazare, qui prônent la patience et la réflexion.

Le 15 janvier 1898, Le Temps publie une pétition réclamant la révision du procès.

Y figurent les noms :



Procès d'Émile Zola

Le 19 janvier 1898, les députés socialistes prennent leurs distances face aux " deux factions bourgeoises rivales ".

Le 20 janvier 1898, à la suite d'une intervention à la Chambre des députés d'Albert de Mun, un élu catholique, contre Émile Zola, la Chambre des députés décide les poursuites par 312 voix contre 122.

Jean-Baptiste Billot, ministre de la Guerre, porte plainte contre Émile Zola et Alexandre Perrenx, le gérant de L'Aurore, qui passent devant les Assises de la Seine du 7 au 23 février 1898.

La diffamation envers une autorité publique est alors passible des Assises, alors que l'injure publique proférée par la presse nationaliste et antisémite n'amène que très peu de poursuites, et surtout quasiment aucune condamnation.

Le ministre ne retient que 3 passages de l'article, soit 18 lignes sur plusieurs centaines.

Il est reproché à Émile Zola d'avoir écrit que le Conseil de guerre avait commis une illégalité par ordre.

Émile Zola fait l'objet :

Fernand Labori, l'avocat d'Émile Zola, fait citer environ 200 témoins.

La réalité de l'Affaire Dreyfus, inconnue du grand public, est diffusée dans la presse.

Plusieurs journaux, dont Le Siècle d'Yves Guyot, autre militant dreyfusard, et L'Aurore, publient les notes sténographiques in extenso des débats au jour le jour, ce qui édifie la population.

Celles-ci constitueront pour les dreyfusards un outil primordial pour les débats postérieurs.

Ce procès est le lieu d'une véritable bataille juridique, dans laquelle les droits de la défense sont sans cesse bafoués.

À l'évidence, la Cour a reçu des instructions pour que la substance même de l'erreur judiciaire ne soit pas évoquée.

Le président Delegorgue prétextant l'allongement de durée des audiences, jongle sans cesse avec le droit pour que le procès ne traite que de la diffamation reprochée à Émile Zola.

Sa phrase la question ne sera pas posée, répétée des dizaines de fois, devient célèbre.

Émile Zola est condamné à un an de prison et à 3 000 francs d'amende, la peine maximale.

Octave Mirbeau paie de sa poche les 7 525 francs, représentant le montant de l'amende et des frais de justice, le 8 août 1898.

Le procès Émile Zola est plutôt une victoire pour les dreyfusards.

Le 2 avril 1898, une demande de pourvoi en cassation reçoit une réponse favorable.

Il s'agit de la première intervention de la Cour de cassation dans cette affaire judiciaire.

La plainte aurait en effet dû être portée par le Conseil de guerre et non par le ministre.

Le procureur général Manau est favorable à la révision du procès Alfred Dreyfus et s'oppose fermement aux antisémites.

Les juges du Conseil de guerre, mis en cause par Émile Zola, portent plainte pour diffamation.

L'affaire est déférée devant les assises de Seine-et-Oise à Versailles où le public passe pour être plus favorable à l'Armée, plus nationaliste.

Le 23 mai 1898, dès la première audience, Me Labori se pourvoit en cassation en raison du changement de juridiction.

Le procès est ajourné et les débats sont repoussés au 18 juillet 1898.

Labori conseille à Émile Zola de quitter la France pour l'Angleterre avant la fin du procès, ce que fait l'écrivain, en partant seul pour un exil d'un an en Angleterre.

Les accusés sont de nouveau condamnés.


Magistrats de la chambre criminelle dans Le Petit Journal

Jacques Marie Eugène Cavaignac Ministre de la Guerre

Mort d'Hubert-Joseph Henry

Jacques Marie Eugène Cavaignac devient ministre de la Guerre le 28 juin 1898.

Jacques Marie Eugène Cavaignac, antirévisionniste farouche, veut démontrer définitivement la culpabilité d'Alfred Dreyfus.

Après avoir rencontré le capitaine Lebrun-Renault, le principal témoin, Jacques Marie Eugène Cavaignac est renforcé dans cette idée par la légende des aveux.

Jacques Marie Eugène Cavaignac veut au passage tordre le cou à Ferdinand Walsin Esterhazy, qu'il tient pour un mythomane et un maître chanteur.

Jacques Marie Eugène Cavaignac a l'honnêteté d'un doctrinaire intransigeant, mais ne connaît absolument pas les dessous de l'Affaire, que l'État-major s'est gardé de lui enseigner.

Jacques Marie Eugène Cavaignac a la surprise d'apprendre que l'ensemble des pièces sur lesquelles l'accusation se base n'ont pas été expertisées, Raoul Le Mouton de Boisdeffre ayant une confiance absolue en Hubert-Joseph Henry.

Jacques Marie Eugène Cavaignac décide d'enquêter lui-même, dans son bureau avec ses adjoints, et rapatrie le dossier secret qui compte alors 365 pièces.

Le 7 juillet 1898, lors d'une interpellation à la Chambre, Jacques Marie Eugène Cavaignac fait état de 3 pièces accablantes, entre mille, dont 2 n'ont aucun rapport avec l'Affaire, et l'autre est le faux d'Hubert-Joseph Henry.

Le discours de Jacques Marie Eugène Cavaignac est efficace.

Les députés l'ovationnent et votent l'affichage du discours avec la reproduction des 3 preuves dans les 36 000 communes de France à 572 voix.

Mais Jacques Marie Eugène Cavaignac reconnait implicitement que la défense d'Alfred Dreyfus n'a pas eu accès à toutes les preuves.

Le 8 juillet 1898, Georges Picquart déclare dans Le Temps au président du Conseil : Je suis en état d'établir devant toute juridiction compétente que les 2 pièces portant la date de 1894 ne sauraient s'appliquer à Alfred Dreyfus et que celle qui portait la date de 1896 a tous les caractères d'un faux.

Georges Picquart est condamné à 11 mois de prison.

Le 13 août 1898 au soir, le capitaine Cuignet, attaché au cabinet de Jacques Marie Eugène Cavaignac, qui travaille à la lumière d'une lampe, observe que la couleur du léger quadrillage du papier de l'entête et du bas de page ne correspondent pas à la partie centrale.

Jacques Marie Eugène Cavaignac ne tait pas la découverte du capitaine Cuignet.

Un conseil d'enquête est formé pour enquêter sur Ferdinand Walsin Esterhazy, devant lequel celui-ci panique et avoue ses rapports secrets avec Armand du Paty de Clam.

La collusion entre l'État-major et Ferdinand Walsin Esterhazy est révélée.

Le 30 août 1898, Jacques Marie Eugène Cavaignac se résigne à demander des explications à Hubert-Joseph Henry, en présence de Raoul Le Mouton de Boisdeffre et de Charles-Arthur Gonse.

Après une heure d'interrogatoire mené par le ministre lui-même, Hubert-Joseph Henry s'effondre et fait des aveux complets.

Il est placé aux arrêts de forteresse au Mont-Valérien

Le 31 août 1898, Hubert-Joseph Henry se suicide en se tranchant la gorge avec un rasoir.

La demande de révision déposée par Lucie Hadamard ne peut plus être repoussée.

Raoul Le Mouton de Boisdeffre démissionne le 2 septembre 1898 se retire de la vie publique.

Le 3 septembre 1898, Henri Brisson incite Mathieu Dreyfus à déposer une demande en révision du Conseil de guerre de 1894.

Henri Brisson, le président du Conseil, force Jacques Marie Eugène Cavaignac à démissionner le 5 septembre 1898.

Le 6 septembre 1898, l'antidreyfusard Charles Maurras publie un éloge d'Hubert-Joseph Henry dans La Gazette de France, qu'il qualifie de serviteur héroïque des grands intérêts de l'État.

La Libre Parole, journal antisémite de Drumont, propage la notion de faux patriotique.

Le gouvernement transfère le dossier à la Cour de cassation, pour avis sur les 4 années de procédures passées.

La France est réellement divisée en 2 :

Le clivage transcende les religions et milieux sociaux, comme l'illustre la célèbre caricature de Caran d'Ache Un dîner en famille.



Émile Zurlinden à nouveau Ministre de la Guerre

Démission d'Émile Zurlinden

Jules Chanoine Ministre de la Guerre

Démission d'Henri Brisson

Charles Dupuy président du Conseil

La demande de révision du procès d'alfred Dreyfus recevable par la Cour de cassation

Émile Zurlinden redevient ministre de la Guerre le 5 septembre 1898.

Émile Zurlinden, influencé par l'état-major, rend un avis négatif à la révision du procès d'Alfred Dreyfus le 10 septembre 1898, conforté par la presse extrémiste pour laquelle, la révision, c'est la guerre.

Émile Zurlinden démissionne le 17 septembre 1898.

Jules Chanoine remplace comme ministre de la Guerre.

Le gouvernement vote le recours à la Cour de cassation pour l'Affaire Dreyfus le 26 septembre 1898,

Jules Chanoine, lors d'une interpellation à la Chambre, donne sa démission le 25 octobre 1898,

La confiance est refusée au cabinet d'Henri Brisson qui est contraint à la démission le 26 octobre 1898.

Le 29 octobre 1898, à l'issue de la communication du rapport d'Alphonse Bard, rapporteur la chambre criminelle de la Cour de cassation déclare la demande recevable et dit qu'il sera procédé par elle à une instruction supplémentaire.

L'Aurore du 29 octobre 1898 titre Victoire dans les mêmes caractères que J'Accuse…!.

Le rapporteur Louis Loew préside.

Le travail d'enquête est repris par la chambre criminelle.

Jacques Marie Eugène Cavaignac fait une déposition de 2 jours, mais ne parvient pas à démontrer la culpabilité d'Alfred Dreyfus.

Au contraire, il le disculpe involontairement par une démonstration de la datation exacte du bordereau (août 1894).

Georges Picquart démontre l'ensemble des rouages de l'erreur puis de la conspiration.

Le 1er novembre 1898, le progressiste Charles Dupuy est nommé président du Conseil à la place de d'Henri Brisson.

Charles Dupuy annonce qu'il suivra les arrêts de la Cour de cassation, barrant la route à ceux qui veulent étouffer la révision et dessaisir la Cour.

Le 5 décembre 1898, à la faveur d'un débat à la Chambre sur la transmission du dossier secret à la Cour de cassation, la tension monte encore d'un cran.

Les injures, invectives et autres violences nationalistes font place aux menaces de soulèvement.

Paul Déroulède déclare : S'il faut faire la guerre civile, nous la ferons.

Dans une décision du 8 décembre 1898, Georges Picquart est écarté du Conseil de guerre par la chambre criminelle.

Le dossier secret est analysé à partir du 30 décembre 1898, et la chambre de cassation demande la communication du dossier diplomatique, ce qui est accordé.



Découverte par Alfred Dreyfus de la dimension de l'Affaire

À la fin 1898, Alfred Dreyfus, prisonnier, n'est en rien au courant des événements qui se déroulent à des milliers de kilomètres de lui.

Ni des complots ourdis pour que jamais il ne puisse revenir, ni de l'engagement d'innombrables honnêtes hommes et femmes à sa cause.

L'administration pénitentiaire filtre les informations qu'elle juge confidentielles.



Cassation du jugement d'Alfred Dreyfus de 1894

Quesnay de Beaurepaire, président de la chambre civile, accuse par voie de presse la chambre criminelle de la Cour de cassation de dreyfusisme.

Quesnay de Beaurepaire démissionne le 8 janvier 1899 en héros de la cause nationaliste.

Le 9 février 1899, la chambre criminelle rend son rapport en mettant en exergue deux faits majeurs :

Ces 2 faits majeurs anéantissent toutes les procédures à l'encontre d'Alfred Dreyfus à eux seuls.

Le président Mazeau instruit une enquête sur la chambre criminelle, qui aboutit au dessaisissement de celle-ci au profit des chambres réunies.

Le 28 février 1899, Waldeck-Rousseau s'exprime au Sénat sur le fond et dénonce la conspiration morale au sein du gouvernement et dans la rue.

La révision n'est plus évitable.

Le 1er mars 1899, Alexis Ballot-Beaupré, nouveau président de la chambre civile de la Cour de cassation, est nommé rapporteur pour l'examen de la demande de révision.

Il aborde le dossier en juriste et décide d'un supplément d'enquête.

Dix témoins complémentaires sont interrogés, lesquels affaiblissent encore la version de l'état-major.

Dans le débat final et par un modèle d'objectivité, le président Ballot-Beaupré démontre l'inanité du bordereau, la seule charge contre Alfred Dreyfus.

Le procureur Manau abonde dans le sens du président.

Me Mornard qui représente Lucie Hadamard plaide sans aucune difficulté ni opposition du parquet.

Alfred Dreyfus reçoit 2 mois après sa publication le dossier d'enquêtes de la Cour de cassation.

À la lecture de ce dossier, Alfred Dreyfus apprend avec stupéfaction la dimension réelle de l'Affaire :

Le 3 juin 1899, les chambres réunies de la Cour de cassation cassent le jugement de 1894 en audience solennelle. Malgré les menées de l'armée pour étouffer cette affaire, le premier jugement condamnant Alfred Dreyfus est cassé par la Cour de cassation au terme d'une enquête minutieuse

L'affaire est renvoyée devant un nouveau Conseil de guerre à Rennes.

Par cet arrêt, la Cour de cassation s'impose comme une véritable autorité, capable de tenir tête à l'armée et au pouvoir politique.

Les conséquences sont immédiates :

Pour de nombreux dreyfusards, cette décision de justice est l'antichambre de l'acquittement du capitaine ; ils oublient de considérer que c'est de nouveau l'armée qui le juge.

La Cour, en cassant avec renvoi, a cru en l'autonomie juridique du Conseil de guerre sans prendre en compte les lois de l'esprit de corps.


Tentative de coup d'État de Paul Déroulède - Supplément illustré du Petit Journal du 12 mars 1899

Mort de Félix Faure

Émile Loubet Président de la République

Félix Faure est un farouche opposant la révision d'alfred Dreyfus.

Félix Faure meurt le 16 février 1899.

Émile Loubet est élu Président de la République.

Émile Loubet est favorable à la révision d'alfred Dreyfus.



Retour d'Alfred Dreyfus

Le 5 juin 1899, Alfred Dreyfus est prévenu de la décision de cassation du jugement de 1894.

Le 9 juin 1899, Alfred Dreyfus quitte l'île du Diable, cap vers la France, enfermé dans une cabine comme un coupable qu'il n'est pourtant plus.

Alfred Dreyfus débarque le 30 juin 1899 à Port-Haliguen, sur la presqu'île de Quiberon, dans le plus grand secret, par une rentrée clandestine et nocturne.

Alfred Dreyfus retrouve le sol natal, mais il est immédiatement enfermé dès le 1er juillet 1899 à la prison militaire de Rennes, aujourd'hui le lycée Émile-Zola.



Conseil de guerre de Rennes de 1899

Nouvelle condamnation pour Alfred Dreyfus

Décret de grâce

Le procès s'ouvre le 7 août 1899 dans un climat de tension extrême.

Alfred Dreyfus apparaît, l'émotion est forte.

Son apparence physique bouleverse ses partisans et certains de ses adversaires.

Malgré sa condition physique dégradée, il a une maîtrise complète du dossier, acquise en seulement quelques semaines.

Mathieu Dreyfus a imaginé une complémentarité entre les 2 avocats assurant la défense d'Alfred Dreyfus selon des stratégies opposées.

Ferdinand Walsin Esterhazy, qui a avoué la paternité du bordereau, en exil en Angleterre, et Armand du Paty de Clam, se sont fait excuser.

Tout l'état-major témoigne contre Alfred Dreyfus sans apporter aucune preuve.

On ne fait que s'entêter et on considère comme nuls les aveux d' Hubert-Joseph Henry et d'Ferdinand Walsin Esterhazy.

Le procès tend même à déraper, dans la mesure où les décisions de la Cour de cassation ne sont pas prises en compte.

On discute notamment du bordereau, alors que la preuve a été apportée de la culpabilité d'Ferdinand Walsin Esterhazy.

Auguste Mercier, champion des antidreyfusards, intervient constamment dans la presse, pour réaffirmer l'exactitude du premier jugement : Alfred Dreyfus est bien le coupable.

Avant le procès, Auguste Mercier ne cesse de faire état d'une preuve décisive : un pseudo bordereau annoté par le Kaiser

Pourtant, Auguste Mercier se fait huer à la sortie de l'audience.

La presse nationaliste et antidreyfusarde se perd en conjectures sur son silence à propos de la preuve décisive.

Le 14 août 1899, Me Labori est victime d'un attentat sur son parcours vers le tribunal. Il se fait tirer dans le dos par un extrémiste qui s'enfuit et ne sera jamais retrouvé.

L'avocat est écarté des débats pendant plus d'une semaine, au moment décisif de l'interrogatoire des témoins.

Le 22 août 1899, son état s'étant amélioré, Me Labori est de retour.

Les incidents entre les 2 avocats d'Alfred Dreyfus se multiplient, Labori reprochant à Demange sa trop grande prudence.

Le gouvernement, devant le raidissement militaire du procès, pouvait agir encore de deux manières pour infléchir les événements ; en faisant appel à un témoignage de l'Allemagne ou par l'abandon de l'accusation.

Mais ces tractations en arrière-plan sont sans résultats.

L'ambassade d'Allemagne adresse un refus poli au gouvernement.

Gaston de Galliffet, le ministre de la guerre, fait envoyer un mot respectueux au commandant Louis Carrière, commissaire du gouvernement.

Il lui demande de rester dans l'esprit de l'arrêt de révision de la Cour de cassation.

L'officier feint de ne pas comprendre l'allusion et aidé de l'avocat nationaliste Auffray, âme véritable de l'accusation, il fait un réquisitoire contre Alfred Dreyfus.

Du côté de la défense, il faut prendre une décision, car l'issue du procès s'annonce mal, malgré l'évidence de l'absence de charges contre l'accusé.

Au nom du président du Conseil, Waldeck-Rousseau, aidé de Jean Jaurès et d'Émile Zola, Me Labori est convaincu de renoncer à sa plaidoirie pour ne pas heurter l'armée.

On décide de jouer la conciliation en échange de l'acquittement que semble promettre le gouvernement.

Mais c'est un nouveau jeu de dupes.

Le 9 septembre 1899, le colonel Jouaust, président du Conseil de guerre, lit le verdict de condamnation obtenu par par 5 voix contre 2.

Alfred Dreyfus est reconnu une nouvelle fois coupable de trahison avec circonstances atténuantes et est condamné à 10 ans de réclusion, et à une nouvelle dégradation..

Contrairement aux apparences, ce verdict est au bord de l'acquittement à une voix près.

Le code de justice militaire prévoit en effet le principe de minorité de faveur à 3 voix contre 4.

Ce verdict absurde a les apparences d'un aveu coupable des membres du Conseil de guerre.

Ils semblent ne pas vouloir renier la décision de 1894, et savent bien que le dossier ne repose que sur du vent.

Mais on peut aussi interpréter cette décision comme un verdict habile, car les juges, tout en ménageant leurs pairs ainsi que les modérés angoissés par les risques de guerre civile, reconnaissent implicitement l'innocence d'Alfred Dreyfus, peut-on trahir avec des circonstances atténuantes ?.

Le lendemain du verdict, Alfred Dreyfus, après avoir beaucoup hésité, dépose un pourvoi en révision.

Waldeck-Rousseau, dans une position difficile, aborde pour la première fois la grâce.

Pour Alfred Dreyfus, c'est accepter la culpabilité.

Mais à bout de force, éloigné des siens depuis trop longtemps, Alfred Dreyfus sur le conseil de Mathieu Dreyfus, accepte.

Le décret de grâce est signé le 19 septembre 1899

Alfred Dreyfus est libéré le 21 septembre 1899.

La France aspire à la paix civile et à la concorde à la veille de l'exposition universelle de 1900 et avant le grand combat que la République s'apprête à mener pour la liberté des associations.


Les obsèques d'Émile Zola

Mort de Émile Zola

Le 29 septembre 1902, Émile Zola meurt asphyxié par la fumée de sa cheminée.

Alexandrine, son épouse, en réchappe de justesse.

Anatole France exige qu'Alfred Dreyfus soit présent aux obsèques.

Le Préfet de police souhaite son absence pour éviter les troubles

Anatole France lit l'oraison funèbre, l'hommage à son ami.


Édouard Alphonse James de Rothschild

Réhabilitation d'Alfred Dreyfus

Le 12 juillet 1906, un arrêt sans renvoi de la Cour de cassation innocente et réhabilite définitivement Alfred Dreyfus.

Alfred Dreyfus est réintégré dans l'armée au grade de commandant.

Un repas de fête réunit la famille Dreyfus, boulevard Malesherbes à Paris, pour célébrer l'événement.

Mathieu Dreyfus retourne à Mulhouse.



Transfert des cendres d'Émile Zola au Panthéon

Le 4 juin 1908, à l'occasion du transfert des cendres d'Émile Zola au Panthéon, Alfred Dreyfus est la cible d'un attentat.

Louis Grégori, journaliste d'extrême droite, adjoint de Drumont, tire 2 coups de revolver et blesse Alfred Dreyfus légèrement au bras.

Il s'agit, pour l'Action française, de perturber au mieux cette cérémonie en visant les deux traîtres : Émile Zola et Alfred Dreyfus.


Tombe d'Alfred Dreyfus au cimetière du Montparnasse division 28 Alfred Dreyfus en 1935

Mort d'Alfred Dreyfus

Alfred Dreyfus meurt à Paris le 12 juillet 1935 dans l'indifférence générale.


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